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Les probiotiques sont des microorganismes vivants qui, ingérés en quantité adéquate, vont apporter un bénéfice au fonctionnement de notre organisme. Il s’agit essentiellement de bactéries (bifidobacterium, lactobacilles, lactocoques), mais aussi de levures. Naturellement présents dans des aliments fermentés (yaourts, kéfir, choucroute) ou absorbés sous forme de compléments alimentaires, leur consommation peut contribuer à améliorer la composition de notre flore intestinale (ou « microbiote »). Or il est désormais établi que la qualité de ce microbiote est importante pour notre santé digestive, mais aussi métabolique, immunitaire et neurologique.

Les prébiotiques sont quant à eux des molécules dont se nourrissent ces « bonnes » bactéries qui résident dans notre intestin. Leur consommation participe donc également à la santé du microbiote intestinal, et par conséquent à la nôtre ! Les molécules prébiotiques sont notamment présentes dans les aliments riches en fibres : fruits, légumes, céréales.

Probiotiques et prébiotiques peuvent être particulièrement utiles en cas de déséquilibre de la flore intestinale : ils vont permettre d’augmenter le nombre de microorganismes bénéfiques et de diminuer la population de ceux potentiellement néfastes. Dans ce cadre,certains probiotiques vont par exemple réduire la sévérité et la durée de diarrhées infectieuses ou même prévenir celles qui sont parfois associées à la prise d’antibiotiques.

NOS MICROBIOTES SONT UNIQUES

Notre tube digestif abrite pas moins de 1013 microorganismes, soit autant que le nombre de cellules qui constituent notre corps. Cet ensemble de bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes constitue notre microbiote intestinal (ou flore intestinale).

 

 

Un microbiote est l’ensemble des microorganismes – bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes, dits commensaux – qui vivent dans un environnement spécifique. Dans l’organisme, il existe différents microbiotes : au niveau de la peau, de la bouche, du vagin, des poumons. Le microbiote intestinal est le plus « peuplé » d’entre eux, abritant 1012 à 1014 microorganismes. Il est principalement localisé dans l’intestin grêle et le côlon, réparti entre la lumière du tube digestif et le biofilm protecteur formé par le mucus intestinal qui recouvre sa paroi intérieure.

La caractérisation de l’ensemble des génomes microbiens retrouvés dans l’intestin (le métagénome intestinal) par séquençage haut débit a permis d’identifier un millier d’espèces différentes, dont une large majorité correspond à des bactéries.

Il est apparu qu’à l’instar de l’empreinte digitale, le microbiote intestinal est propre à chaque individu : il est unique sur le plan qualitatif et quantitatif. Parmi les 160 espèces de bactéries qui composent en moyenne le microbiote d’un individu sain, seule la moitié est communément retrouvée d’un individu à l’autre. Il existerait cependant un socle commun de 15 à 20 espèces présentes chez tous les êtres humains, en charge des fonctions essentielles du microbiote.

 

LE MICROBIOTE INTESTINAL, UN ALLIE DE NOTRE SYSTÈME DIGESTIF

Le microbiote intestinal assure son propre métabolisme en puisant dans nos aliments (notamment parmi les fibres alimentaires). Dans le même temps, les microorganismes qui le constituent jouent un rôle direct dans la digestion :

  • Ils assurent la fermentation des substrats et des résidus alimentaires non digestibles.
  • Ils facilitent l’assimilation des nutriments grâce à un ensemble d’enzymes dont les cellules humaines sont dépourvues.
  • Ils assurent l’hydrolyse de l’amidon, de la cellulose, des polysaccharides.
  • Ils participent à la synthèse de certaines vitamines (vitamine K, certaines vitamines B) et à trois acides aminés essentiels : la valine, la leucine et l’isoleucine.
  • Ils régulent plusieurs voies métaboliques : absorption des acides gras, du calcium, du magnésium.
  • Il participe à la fonction barrière intestinale : production de métabolites antimicrobienne, inhibition de l’adhésion de pathogènes aux entérocytes, inhibition de la production de toxine bactérienne et immunomodulatrice de l’hôte.

Le microbiote intestinal participe d’ailleurs pleinement au fonctionnement du système immunitaire intestinal, indispensable au rôle barrière de la paroi intestinale. Dès les premières années de vie, le microbiote est en effet nécessaire pour que l’immunité intestinale apprenne à distinguer les espèces amies (commensales) des pathogènes. Des études montrent que le système immunitaire de souris axéniques (sans microbiote) s’avère anormal : leurs plaques de Peyer, inductrices de l’immunité au niveau intestinal, semblent immatures et leurs lymphocytes, effecteurs des réactions immunitaires, sont en nombre réduit. Leur rate et leurs ganglions lymphatiques, des organes importants pour l’immunité générale de l’organisme, présentent également des anomalies structurelles et fonctionnelles.

Par ailleurs, il est établi que des bactéries comme Escherichia coli luttent directement contre la colonisation du tube digestif par des espèces pathogènes, par phénomène de compétition et par production de substances bactéricides (bactériocines).

 

LE MICROBIOTE ET LES MALADIES CHRONIQUES DE L’INTESTIN

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ainsi que la rectocolite hémorragique, sont liées à une activation inappropriée du système immunitaire dans l’intestin. Des dysbioses – déséquilibre du microbiote intestinal – associées aux MICI ont été observées. Elles sont caractérisées par un déficit en certaines bactéries, comme Faecalibacterium prausnitzii ou d’autres espèces du groupe Clostridium, ainsi que par une augmentation de la population d’autres bactéries pro-inflammatoires comme les entérobactéries ou les bactéries du genre Fusobacterium. Ces déséquilibres sont à la fois une cause et une conséquence de la maladie : la dysbiose apparaîtrait sous l’influence de facteurs génétiques et environnementaux, mais jouerait elle-même un rôle dans le démarrage, le maintien ou la sévérité de l’inflammation, engendrant un cercle vicieux. Le rôle des métabolites bactériens dans ces mécanismes est aussi suspecté.

 

LE MICROBIOTE ET LES MALADIES CARDIOVASCULAIRES ET MÉTABOLIQUES

Les maladies cardio ainsi que cérébrovasculaires (athérosclérosehypertensionAVC…) et cardio-métaboliques (diabèteobésité) ont une origine multifactorielle, à la fois génétique, nutritionnelle et environnementale. La part respective de chacun de ces facteurs est variable d’un individu à l’autre et les mécanismes moléculaires sous-jacents à chacun d’entre eux restent à décrire précisément. Cependant, il apparaît de plus en plus clairement que le microbiote intestinal joue un rôle dans leur genèse. Il est par exemple décrit que l’implantation d’un microbiote qui provient d’une souris obèse chez une souris axénique (en milieu stérile, sans parasite ni bactérie) provoque une prise de poids importante et rapide chez cette dernière. On sait aussi que la prise d’antibiotiques au long terme peut avoir une incidence sur le risque de développer une maladie cardiovasculaire.

Plusieurs mécanismes pourraient être à l’origine de ces relations : dans le diabète ou l’obésité, il existe une inflammation chronique, favorisée par l’augmentation des graisses dans l’alimentation.                                     

Ces dernières augmentent la proportion des bactéries à Gram négatif dans l’intestin et donc le taux local de LPS inflammatoire. Le LPS est ensuite capable de passer dans la circulation sanguine, dans le foie, les tissus adipeux, musculaires où il soutient l’installation d’une inflammation chronique à bas bruit. Celle-ci va à son tour faciliter l’apparition d’une insulinorésistance, préalable au diabète ainsi qu’à l’obésité.

D’autres mécanismes qui impliquent le microbiote entrent probablement aussi en jeu : l’augmentation de la perméabilité de la paroi intestinale pourrait laisser passer des bactéries entières. Leur implantation durable au niveau des tissus adipeux, musculaires et hépatiques participerait alors le maintien de l’inflammation in situ.

Enfin, certains métabolites bactériens auraient un rôle déterminant dans le développement de maladies cardio-métaboliques comme le diabète de type 2, l’athérosclérose ou l’hypertension artérielle. Les données les plus probantes concernent notamment la triméthylamine : ce déchet produit par le microbiote peut passer dans la circulation sanguine et être oxydé par le foie en triméthylamine-N-oxyde, une substance qui privilégie la formation de plaques d’athérome. D’autres composés comme le benzoate, l’hippurate ou le crésol modifient, eux aussi, le risque cardiovasculaire.

 

IMPORTANCE DE L’AXE « INTESTIN-CERVEAU OU GUT-BRAIN AXIS »

Le système nerveux qui régit l’intestin (système nerveux entérique ou SNE) contient à lui seul 200 millions de neurones. Sa fonction première est d’assurer la motricité intestinale. Par ailleurs, l’intestin est en interaction étroite et bidirectionnelle avec le système nerveux central (SNC). On parle d’un axe intestin-cerveau, à travers lequel les deux organes communiquent. C’est la raison pour laquelle on qualifie le système nerveux entérique de deuxième cerveau.

Les chercheurs ont très tôt posé l’hypothèse selon laquelle un déséquilibre du microbiote pourrait modifier l’information transmise au système nerveux central et au système nerveux entérique, modifiant ainsi le fonctionnement des deux organes. Les mécanismes impliqués seraient multiples :

  • Des composés issus du microbiote (métabolites ou éléments structuraux) peuvent diffuser à travers la paroi intestinale. Ils peuvent directement moduler le SNE, ce qui impactera le fonctionnement de l’intestin, mais aussi le nerf vague : il en découlera alors une modulation du fonctionnement du cerveau.
  • D’autre part, ces composés peuvent aussi atteindre le SNC directement, par voie sanguine. Une fois parvenus dans le cerveau, ils peuvent s’avérer délétères pour certaines fonctions nerveuses, tels quels ou après métabolisation.
  • Enfin, les bactéries peuvent indirectement moduler certaines fonctions endocrines dont le contrôle est notamment assuré par le SNC : elles ont en effet la capacité à interagir avec les cellules dites entéroendocrines localisées dans la paroi, et qui sont en lien avec le cerveau. Cela a par exemple été décrit pour la voie sérotoninergique.

 

Ces différents mécanismes soutiennent donc l’idée que la dysbiose intestinale observée dans des troubles du neurodéveloppement ou des maladies neurodégénératives, comme Parkinson ou Alzheimer, peuvent non seulement contribuer aux troubles digestifs dont sont atteints ces patients, mais aussi aux symptômes neurologiques.

 

EFFICACITE DES PRBIOTIQUES DANS CERTAINES MALADIES OU INCONFORTS

Les effets bénéfiques des probiotiques ont notamment été montrés dans :

  • La prévention de la diarrhée due aux antibiotiques 
  • L’amélioration du syndrome du côlon irritable 
  • Le traitement de la constipation et l’amélioration du transit 
  • L’amélioration de troubles digestifs (ballonnements…)
  • Le traitement de certaines allergies 
  • La lutte contre la bactérie Helicobacter pylori, qui provoque une inflammation de l’estomac (gastrite chronique) pouvant entraîner des ulcères
  • Le soutien à l’immunité et la lutte contre les infections hivernales (ORL)

 

 

QUAND ET COMMENT CONSOMMER DES PROBIOTIQUES ?

Les probiotiques peuvent être consommés sous forme de cure au printemps et en hiver pour soutenir l’immunité et les changements de saison. En période hivernale, les probiotiques peuvent également soutenir l’immunité et la lutte contre les infections hivernales.

De plus, en cas de troubles digestifs, les probiotiques constituent un allié pour l’amélioration des symptômes digestifs (constipation, trouble du transit, diarrhée, ballonnements).

En cas de prise d’antibiotique, il peut également être conseillé la consommation de probiotiques en parallèle afin de lutter contre les effets délétères des antibiotiques sur l’équilibre de la flore intestinale. La consommation concomitante de probiotiques permet de préserver notre microbiote intestinal.

Il est à privilégier :

  • Une association de plusieurs souches bactériennes probiotiques telles que les Lactococcus, Bifidobactéries favorisant une synergie d’action complémentaire
  • La combinaison de souches probiotiques avec des fibres prébiotiques. La combinaison de probiotiques et prébiotiques se nomme des synbiotiques
  • Des gélules gastro-résistantes permettant aux probiotiques de passer la phase gastrique sans être altérés
  • Des probiotiques cliniquement testés pour assurer l’efficacité de la dose sélectionnée

 

Référence

Microbiote intestinal (flore intestinale) ⋅ Inserm, La science pour la santé ReflOrir ou faire flOrir 🌺 💧 : C’est quoi les probiotiques et les prébiotiques ? ⋅ Inserm, La science pour la santé Markowiak et al., 2017, Effects of Probiotics, Prebiotics, and Synbiotics on Human Health, Nutrients 2017 Sep 15;9(9):1021. doi: 10.3390/nu9091021 Jin et al., 2018, Systematic review and meta-analysis of the effect of probiotic supplementation on functional constipation in children, Medicine (Baltimore)2018 Sep;97(39):e12174., doi: 10.1097/MD.0000000000012174 Dimidi et al., 2020, Probiotics and constipation: mechanisms of action, evidence for effectiveness and utilisation by patients and healthcare professionals, Proc Nutr Soc 2020 Feb;79(1):147-157. doi: 10.1017/S0029665119000934 Bazzocchi et al., 2014, Effect of a new synbiotic supplement on symptoms, stool consistency, intestinal transit time and gut microbiota in patients with severe functional constipation: a pilot randomized double-blind, controlled trial, Tech Coloproctol 2014 Oct;18(10):945-53. doi: 10.1007/s10151-014-1201-5. Epub 2014 Aug 5 Skrzydło-Radomańska et al., 2021, The Effectiveness and Safety of Multi-Strain Probiotic Preparation in Patients with Diarrhea-Predominant Irritable Bowel Syndrome: A Randomized Controlled Study, Nutrients 2021 Feb 26;13(3):756. doi: 10.3390/nu13030756 Cekin et al., 2017, Use of probiotics as an adjuvant to sequential H. pylori eradication therapy: impact on eradication rates, treatment resistance, treatment-related side effects, and patient compliance, Turk J Gastroenterol, 2017 Jan;28(1):3-11. doi: 10.5152/tjg.2016.0278. Epub 2016 Dec 23 Kalliomäki et al., 2001, Probiotics in primary prevention of atopic disease: a randomised placebo-controlled trial, Lancet, 2001 Apr 7;357(9262):1076-9. doi: 10.1016/S0140-6736(00)04259-8

 

Dr Véronique TRAYNARD

Doctorat en Physiologie de la Nutrition | Veroniquetraynard.com